La mise en récit des souffrances : Violences, expériences et discours

Martin Hébert

Résumé


Il existe une longue tradition de témoignages faits au nom de populations marginalisées et exposées à une variété de formes de violences sociales. Malgré les bénéfices évidents de ces efforts pour donner à connaître ces violences au champ du pouvoir, et par extension à lopinion publique, ils ont aussi eu comme effet de limiter notre réflexion sur la possibilité quont les théorisations locales de la violence et de la souffrance de sinscrire dans un espace de communication entre les sujets souffrants et le champ du pouvoir. Le développement juste de cet espace de communication demande non pas dimposer aux sujets souffrants la charge supplémentaire de traduire leur situation en une structure narrative admissible au champ du pouvoir, mais bien de développer notre compréhension de la diversité des stratégies discursives locales pour décrire et expliquer la violence. À partir dexemples ethnographiques tirés du contexte autochtone mésoaméricain, nous explorons ici trois de ces formes locales de mise en récit : la personnification, la métonymie et lantithèse. Une sensibilité plus grande à cette diversité discursive est présentée comme un moyen de dépasser la fatigue compassionnelle ressentie par le public, lhomogénéisation discursive du « dépendant » de laide humanitaire ou du pauvre, et le formatage médiatique qui transforme tôt ou tard la souffrance et la violence en biens de consommation pour leur auditoire.

Mots-clés


Violence; Discours; Souffrance sociale; théorisations locales

Texte intégral :

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